Les manuscrits médiévaux: Bibles, psautiers, apocalypses...

Bibles, psautiers, apocalypses, évangéliaires sortent des ateliers spécialisés entretenus dans certains monastères, mais l'art de l'enluminure remonte à l'ancienne Egypte, c'est donc par les moines coptes que cette technique a pu parvenir aux chrétiens d'occident.

On les trouve tout d'abord en Irlande, où les moines sont restés les maitres incontestés du grec et du latin : l'un d'eux, Alcuin, originaire d'York, sera même appelé l'"instituteur de l'Europe Carolingienne".

Du VIe au XIe siècle seront exécutés dans leurs ateliers de copistes les plus anciens et les plus beaux manuscrits enluminés dont le style est déjà romanes et mèle dans un méticuleux enchevêtrement tresses et rinceaux, dissimulant à plaisir leur commancement et leur fin autour de formes humaines ou animales soumises à l'entrelacs. Viollet-le-Duc l'avait bien vu qui, dans son étude de la sculpture romane reproduisait un bandeau manuscrit de style irlandais.

On les trouve ensuite en Espagne, dans le royaume chrétien des Asturies où les Wisigoths possèdent dès le Xe siècle de nombreux monastères qui se consacrent à la réalisation de splendides "apocalypses"; ces manuscrits enluminés symbolisent pour ces chrétiens retranchés l'esprit de résistance et la "reconquista" sur les Maures.

Mais qu'est-ce exactement qu'une "apocalypse" ? Son premier sens est très exactement "révélation", et en effet, c'est l'oeuvre d'un visionnaire qui a une prémonition à la fois des évènements terrestres à venir et de ceux de la vie éternelle. C'est d'ailleurs un genre délibérément obscur et destiné à des initiés. Dernier livre de la Bible, l'Apocalypse est attribuée à l'apôtre Jean, auteur déjà d'un des évangiles. Mais ces "apocalypses" mozarabes sont en réalité inspirés des "Commentaires" qu'en avait fait un certain Beatus, abbé de Liébana en 784. Le premier exemplaire connu date sans doute de 926, mais il en existe encore dix-huit exemplaires réalisés entre 940 et 1066; fait exceptionnel, ils sont signés et datés pour la plupart, tant et si bien que l'on n'ignore plus qu'il y eut à Gérone une femme peintre d'un rare talent, la nonne Ende, qui exécuté en 975 l'une des plus belles copies du Béatus.

Tous ces manuscrits Wisigothiques s'ornent, en pleine page, de personnages et d'animaux fabuleux. La violence des couleurs, l'imagination, la composition des scènes sont d'une extrême originalité, cependant que le hiératisme, la fixité des visages, les plis des vêtements, la forme des ailes des anges concourrent à leur donner déjà une forme romane.

Quant aux cisterciens, qui se refusent à toute peinture comme à toute sculpture dans leurs abbayes romanes, ils possèdent en France, en Suisse et ailleurs, d'importants ateliers de copistes dont sortiront au XIIe siècle de magnifiques bibles illustrées, mais dont les enluminures ont sans doute été rélisées par des peintres étrangers à l'ordre de Saint Bernard. D'ailleurs il n'y a pas que des moines chez les copistes et surtout chez les peintres qui peuvent être des laïcs, comme le Lombard Nivardus ou Foulque qui travaille à Angers au XIIe siècle. Les bibles et les évangéliaires cisterciens, dont les premiers datent d'Etienne Harding, sont particulièrement remarquables par l'humour et l'esprit de caricature de leurs personnages torturés en forme de lettrines.

Plus tard, lorsque Saint Bernard voulut imposer la sobriété de la monochromie à leurs manuscrits, les artistes ont su échapper à la règle en agrémentant de filets colortés les camaïeux et même en réhaussant de couleurs vives les grandes lettrines.

Les feuillets de tous ces manuscrits sont en parchemin et les copistes travaillent avec une plume d'oie et de l'encre noire végétale. Un moine nous en donne la recette au début du XIIe siècledans son traité des divers arts. Certains ouvrages avaient leurs feuillets teints en pourpre et or, mais les rehauts d'oret d'argent, très coûteux, n'apparaissent qu'à la fin du XIe siècle et sur des exemplaires très luxueux. Au début de chaque page (dont les dimensions peuvent atteindre 32x45 cm dans les "apocalypses"), des lettrines où s'entrelacent personnages et rinceaux sont réhaussés d'encre rouge ou verte plus rarement. Sur certaines bibles, la mise en pages fait penser immédiatement à nos bandes dessinées et à leurs "bulles" : on y voitdes personnages qui laissent échapper de leurs mains de longs rubans de papiers sur lesquels sont écrites les paroles essentielles. Ces bandes se nomment des phylactères.

Sous le règne de Charlemagne est apparue une nouvelle écriture, la "caroline" qui est utilisée surtout du Xe au XIIè siècle. Auparavant, outre l'onciale ou la capitale, il existait des écritures insulaires (Irlande, Angleterre), une écriture bénéventine (Italie), et une écriture wisigothique (Espagne).

Dans les monastères, le "scriptorium", l'atelier des copistes, se trouvaient généralement assez près du "chauffoir", la seule pièce chauffée où ceux-ci pouvaient à la fois se réchauffer les mains et réchauffer leur encre.

Source: Initiation à l'Art Roman, Zodiaque

Quelques manuscrits à feuilleter

Manuscrits mozarabes

Manuscrits Irlandais

Ms Rouen Y6 274

Ms Rouen A67 457

Quelques livres de référence

           
Paléographie du Moyen-Âge, Jacques Stiennon, 1999, Armand Colin
L'Enluminure romane au Mont-Saint-Michel : Xe-XIIe siècle, Monique Dosdat, 2006, 835 pages, Ouest-France
Trésors carolingiens : Livres manuscrits de Charlemagne à Charles le Chauve, Marie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Marianne Besseyre, Jean-Pierre Caillet, 2007, 239 pages, Bibliothèque Nationale de France
Bestiaire médiéval : Enluminures, Marie-Hélène Tesnière, 240 pages, 2005, Bibliothèque Nationale de France - BNF

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